Planning de chantier : construire son Gantt par lots, avec modèle Excel
Roméo, maître d'œuvre à Rouen
Publié le · 7 min de lecture
En bref
Un planning de chantier liste les tâches lot par lot, leur durée en jours ouvrés et ce qui les précède ; le reste se déduit. Le maître d'œuvre le construit avant l'ordre de service, le fait valider par les entreprises à la réunion de lancement, puis le met à jour à chaque compte rendu. Téléchargez le modèle Excel (Gantt automatique) et suivez les six étapes.

Deux plannings, pas un
Avant de construire quoi que ce soit, il faut savoir lequel on fait.
Le planning général est celui du marché. Il fixe la date de démarrage (l'ordre de service), le délai d'exécution global et, souvent, une période par lot. C'est lui, annexé au marché, qui sert de base aux pénalités de retard. Il est grossier par nature : des semaines, pas des jours.
Le planning détaillé est l'outil de pilotage du maître d'œuvre. Il découpe chaque lot en tâches de une à trois semaines, les enchaîne, et se met à jour toutes les semaines au compte rendu. Il ne modifie pas le délai du marché : il permet de le tenir, et de voir trois semaines à l'avance qu'il ne sera pas tenu.
Le modèle Excel proposé ici sert aux deux : construit avant l'ordre de service, il donne le planning général à annexer ; mis à jour pendant les travaux, il devient le planning détaillé.
Construire le planning en six étapes
1. Lister les tâches, lot par lot
Une ligne par tâche, le lot en face. La bonne maille est celle d'une intervention continue d'une même entreprise : « passage des réseaux » et « appareillage » sont deux tâches du lot plomberie, séparées par la plâtrerie et le carrelage. Une tâche de deux jours n'a pas sa place ; une tâche de deux mois non plus, elle cache plusieurs choses.
2. Enchaîner : qui précède qui
Pour chaque tâche, la tâche qui doit être finie avant qu'elle commence. C'est la colonne la plus importante du modèle : une fois les prédécesseurs renseignés, les dates de début se calculent toutes seules, et un retard en amont se répercute sur tout ce qui suit. Les enchaînements d'une rénovation sont assez stables :
| Étape | Dépend de | Durée indicative (maison, rénovation lourde) |
|---|---|---|
| Démolitions, dépose | ordre de service | 1 semaine |
| Gros œuvre, reprises de maçonnerie | démolitions | 2 à 4 semaines |
| Charpente, couverture | gros œuvre | 2 semaines |
| Menuiseries extérieures | couverture (hors d'eau) | 1 semaine de pose, 8 à 10 semaines de commande |
| Réseaux plomberie et électricité | menuiseries extérieures (hors d'air) | 1 semaine chacun, en parallèle |
| Plâtrerie, doublages, plafonds | réseaux | 3 semaines |
| Chape | plâtrerie | 1 semaine de pose, puis séchage |
| Carrelage, sols | chape sèche | 2 semaines |
| Menuiseries intérieures | sols | 1 semaine |
| Peinture, finitions | menuiseries intérieures | 2 semaines |
| Appareillage plomberie et électricité | peinture | 1 semaine |
Les durées sont des ordres de grandeur pour une maison de taille courante : elles servent à poser le squelette, pas à remplacer la réponse de l'entreprise.
3. Demander les durées aux entreprises
La durée d'une tâche dépend de l'équipe que l'entreprise y met. Trois compagnons ou un seul, ce n'est pas le même planning. On demande donc à chaque entreprise, avant la réunion de lancement, sa durée pour chacune de ses tâches et l'effectif prévu. Une durée sans effectif n'est pas un engagement.
4. Placer les jalons
Les jalons sont des dates sans durée qui structurent le chantier : ordre de service de démarrage, hors d'eau, hors d'air, mise en chauffe, réception, fin de parfait achèvement. Ils vont dans l'onglet « Jalons » du modèle. Deux jalons méritent une attention particulière : la date de commande des menuiseries extérieures (à passer dès la signature du marché, sinon le hors d'air glisse) et la fin de séchage de la chape (une chape ciment traditionnelle demande plusieurs semaines avant un sol collé ; la durée dépend de l'épaisseur et du fabricant, demandez-la par écrit).
5. Prendre les aléas en compte
Un planning sans marge est un planning faux. Les aléas connus d'avance se mettent dans les durées ou dans des tâches dédiées :
- les délais d'approvisionnement (menuiseries, cuisine, escalier, carrelage sur commande) ;
- les temps de séchage (chape, enduits, peintures en saison froide) ;
- les congés du bâtiment (trois semaines en août, une à Noël), à faire apparaître comme une tâche « fermeture » sinon tout le monde les oublie ;
- les décisions du maître d'ouvrage (choix des carrelages, des couleurs), avec une date limite ;
- la co-activité : deux entreprises dans la même pièce la même semaine, ça ne marche que si c'est prévu.
6. Faire valider à la réunion de lancement
Le planning se présente aux entreprises réunies, avant le démarrage, et chacune confirme ses durées devant les autres. C'est à ce moment-là que l'on découvre que le carreleur n'est pas disponible avant mars. Le planning validé est diffusé avec le compte rendu de lancement ; c'est lui qui fait foi ensuite.
Suivre le planning pendant les travaux
Un planning qu'on ne met pas à jour a cessé d'exister au bout de trois semaines. Le rythme qui marche :
- À chaque réunion de chantier, on parcourt les tâches en cours et celles qui démarrent dans les quinze jours. On note l'avancement, on constate les retards par écrit dans le compte rendu, et on replanifie ce qui en dépend. Le planning mis à jour est diffusé avec le compte rendu.
- Le constat de retard est une phrase factuelle : date prévue, date réelle, écart en jours, conséquence sur la tâche suivante. C'est ce constat, répété de compte rendu en compte rendu, qui fonde une mise en demeure puis d'éventuelles pénalités. Un retard non écrit n'existe pas.
- Le délai contractuel reste la référence. Quand la fin prévue du planning détaillé dépasse la date du marché, il faut le dire au maître d'ouvrage tout de suite, avec les causes, et non le découvrir à la réception.
Comment utiliser le modèle Excel
- Saisissez le nom de l'opération et la date de l'ordre de service en haut de la feuille : la grille des semaines se cale dessus.
- Une ligne par tâche : lot, tâche, entreprise, durée en jours ouvrés, et soit une date de début, soit le numéro de la tâche qui la précède. Le début se calcule le jour ouvré suivant la fin du prédécesseur, la fin se déduit de la durée, et la barre se dessine dans la grille.
- Pendant les travaux, mettez l'avancement à jour (0 à 100 %) : l'état passe tout seul à « En cours », « Terminé » ou « En retard » par rapport à la date du jour, et le bloc du haut compte les tâches en retard.
- L'onglet Jalons reprend l'ordre de service et la fin prévue, et accueille vos dates clés : réception, fin de parfait achèvement, commandes longues.
- Pour annexer le planning au marché, imprimez la feuille en paysage : elle tient sur une page en largeur.
Les douze lignes d'exemple décrivent une rénovation lourde ; remplacez-les par vos tâches. Le calcul en jours ouvrés exclut les week-ends mais pas les jours fériés ni les congés du bâtiment : ajoutez-les dans la durée des tâches concernées, ou créez une tâche « fermeture ».
Télécharger le modèle
Questions fréquentes
Le planning de chantier est-il contractuel ?
Seulement s'il est annexé au marché et désigné comme pièce contractuelle. Dans ce cas, ce sont ses dates, ou au moins le délai global et les délais par lot, qui servent de base aux pénalités de retard. Le planning détaillé que le maître d'œuvre met à jour chaque semaine est un outil de pilotage : il ne modifie pas le délai du marché, il permet de le tenir.
Jours ouvrés ou jours calendaires ?
Les durées de tâches se raisonnent en jours ouvrés, parce que c'est ainsi que les entreprises comptent leur travail. Le délai d'exécution du marché, lui, est souvent exprimé en mois ou en jours calendaires. Le modèle calcule les fins de tâche en jours ouvrés ; vérifiez que la fin globale respecte le délai écrit au marché.
Qui établit le planning : le maître d'œuvre ou un OPC ?
Sur une opération courante, c'est le maître d'œuvre, dans sa mission de direction de l'exécution des travaux. Sur une opération complexe ou à nombreux intervenants, une mission d'ordonnancement, pilotage et coordination (OPC) est confiée à un spécialiste ou prise en option par le maître d'œuvre. Dans tous les cas, les entreprises valident les durées qui les concernent.
Que faire quand une entreprise glisse ?
Constater le retard par écrit dans le compte rendu de chantier, avec la date prévue et la date réelle, puis replanifier les tâches qui en dépendent et le dire aux entreprises concernées. Si le retard menace le délai contractuel, une mise en demeure formelle précède l'application des pénalités prévues au marché.
Comment gérer les intempéries ?
Si votre marché renvoie à la norme NF P 03-001, le délai d'exécution est prolongé des journées d'intempéries au sens de la réglementation sur le chômage-intempéries, constatées sur le chantier. Sinon, c'est votre cahier des clauses particulières qui tranche : écrivez-y la règle. Dans tous les cas, les journées d'intempéries se consignent au compte rendu le jour même.
Faut-il un planning par lot ?
Non, un seul planning pour tout le chantier, avec une ligne par tâche et le lot en face. C'est l'enchaînement entre lots qui fait la valeur du document : chaque entreprise doit voir qui la précède et qui l'attend.

L'auteur
Roméo, maître d'œuvre et fondateur de Maitriz Cloud
Maître d'œuvre à Rouen, Roméo pilote chaque semaine les chantiers de son propre cabinet, de la consultation des entreprises à la fin de la garantie de parfait achèvement. Il a créé Maitriz Cloud pour y gagner son administratif. Ces guides reprennent la méthode qu'il applique sur ses chantiers.
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